Tout semble tourner autour de la Seine, de la reconquête des berges, de la vie culturelle, et commerciale à travers le projet Héloïse.
Hier, je suis allé au centre commercial, et j’ai constaté que d’autres commerces avaient encore disparu, laissant un vide illustré. Le niveau des marchandises baisse pour atteindre le chaland, mais ce chaland se déplace ailleurs, vers Paris, d’autres zones commerciales, et c’est un peu inexorable. Comme dans beaucoup de villes françaises, la disparition du commerce de centre-ville est un symptôme préoccupant. Même dans ceux qui restent, on a, comme au casino, allégé les rayons, en les espaçant, loin de la profusion des débuts du centre commercial. Même quand le commerce est là il laisse une impression de vide.
Bien sur, nous avons eu des difficultés financières, une ville paupérisée qui a bien peu de rentrées fiscales, n’a pas beaucoup investi, et il faudrait relativiser, car il faut aussi tenir compte de l’apport de l’ANRU.
A Argenteuil, je pense souvent à ce qu’écrivait Giroud, le sociologue mort au Bataclan, pas le footballeur. Des classes moyennes investissent les villes de banlieue, pour réduire les coûts du logement mais continuent dans le même mode de vie, en continuant d’acheter ailleurs, et en envoyant les enfants dans les écoles privées, non pour des raisons religieuses, mais pour garantir leurs fréquentations, et parce qu’il y a encore du savon dans les toilettes.
L’enjeu pour la ville, c’est quand même d’attirer des populations qui pourraient la tirer vers le haut, mais au bénéfice de chacun. Omar Slaouti explique par exemple que 25% des habitants sont en-dessous du seuil de pauvreté, et que le niveau scolaire est faible. Ce n’est pas contradictoire avec les objectifs d’investissement, d’ouverture. J’ai suivi le débat des candidats, et l’on sent que c’est difficile. Il serait souhaitable de reconquérir les berges, mais c’est hors de nos moyens, et beaucoup souffriraient de cette réduction des transports. Le but inavoué de la reconquête des berges, c’est la gentrification de la ville, dont on espère qu’elle apporterait un peu de prospérité. A Argenteuil, dans le grand Paris, à 10 minutes de Saint-Lazare, on réussit cet exploit d’avoir des 100 m² à 200 000 euros, et peut-être moins. La ville est un bon plan ignoré pour beaucoup de gens, qui pourraient aménager leur vie telle que la décrit le sociologue Giroud.
Des images d’une France d’autrefois, aux couleurs criardes, masque un commerce manquant.